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Etude CFIE 2013 : les progrès des entreprises en matière de RSE

Entretien avec Martial Cozette, directeur du Centre Français d'Information sur les Entreprises (CFIE)

Depuis onze ans, CFIE-conseil publie son étude sur l’information sociale et environnementale dans les rapports annuels des entreprises. Sur cette période, pour l’ensemble des entreprises étudiées, observe-t-on une augmentation de la note moyenne ? 
 
Quelques précisions méthodologiques préalables avant de répondre à votre question. Parce que CFIE-conseil estime que la RSE est encore une question neuve et en constante évolution, sa méthodologie d’analyse des rapports évolue elle-même et se renforce chaque année. Il est donc assez difficile de comparer les notes obtenues par les rapports en 2013 et celles obtenues en 2003. Par ailleurs, le panel d’entreprises étudié évolue lui aussi tous les ans afin, notamment, de tenir compte des efforts menés par les sociétés pour améliorer leur démarche de transparence. En d’autres termes, parmi les critères de sélection retenus pour la constitution du panel, CFIE-conseil privilégie les entreprises qui font preuves d’un souci manifeste de progrès. 
 
Quelle est donc la tendance à méthodologie constante ? 
 
La méthodologie utilisée permet non seulement de comparer les notes attribuées d’une année sur l’autre en valeur absolue, mais aussi abstraction faite du changement de méthodologie. Ainsi, à méthodologie constante, on constate que, sur dix ans, l’augmentation annuelle de la note moyenne attribuée aux rapports des sociétés étudiées est de 8%. Elle présente des périodes où la progression est plus sensible que d’autres. C’est le cas pour les deux premières et les deux dernières années d’observation. On peut attribuer ces «coups d’accélérateur» à l’introduction de la loi NRE en 2001 et de la loi Grenelle 2 en 2010. 
 
La notation est-elle un bon outil pour apprécier les progrès faits par les entreprises? 
 
Si la notation constitue un moyen commode pour positionner une société sur un axe linéaire, elle reste un outil approximatif dont l’un des principaux défauts est d’effacer les nuances. C’est d’ailleurs une caractéristique de toute moyenne. Cela pose une difficulté en matière de RSE dans la mesure où, dans cette «discipline», l’un des enjeux consiste justement à évaluer les différences de traitement pouvant exister au sein d’un même groupe d’acteurs concernés par les activités d’une entreprise ou entre différents groupes d’acteurs (répartition de la valeur créée et du poids de la valeur détruite). 
 
Vous évaluez les entreprises sur la qualité des informations qu’elles fournissent. Suffit-il qu’une entreprise communique bien sur des pratiques passables pour être bien notée ? Peut-on imaginer que «dire» c’est «faire» et que le fait de communiquer va encourager les entreprises à être plus vertueuses ? 
 
On peut, en effet, craindre une ambiguïté dans les résultats de l’étude dans la mesure où nous n’analysons pas la qualité des pratiques des entreprises mais celle de la restitution de ces pratiques. Une entreprise, par exemple, qui rendrait compte en toute transparence d’une politique et de pratiques de médiocre qualité obtiendrait effectivement une bonne note. Mais, au final, l’objectif serait atteint puisque cela donnerait l’opportunité à ses parties prenantes de l’interpeller ou de l’interroger et, le cas échéant, d’engager un dialogue avec elle en vue d’examiner les options qui s’offrent à elle pour améliorer sa politique et ses pratiques. Mais ce cas de figure demeure encore assez rare, les méthodes de communication des entreprises n’étant pas encore suffisamment adaptées pour accueillir les sollicitations de leurs parties prenantes qui, par ailleurs, restent encore peu engagées dans les processus d’amélioration des entreprises. 
 
Quel est finalement l'intérêt de votre méthodologie ? 
 
L’intérêt de la méthodologie d’analyse de CFIE-conseil réside donc en ce qu’elle vise à vérifier, d’une part, que ce qui devait être dit a bien été dit (fait) et, d’autre part, que ce qui a été restitué permet de se forger une opinion précise de la qualité des pratiques (ambition de la politique, qualité et étendue de la mise en œuvre, évolution des résultats…). Pour ce faire, elle cherche à identifier les éventuels oublis, à cerner les objectifs généraux que se fixe l’entreprise, à examiner si les moyens déployés permettent de répondre à ces objectifs et si la société dispose d’indicateurs mesurant les résultats obtenus au regard des enjeux identifiés. On peut également souligner que la cohérence des informations chiffrées fournies d’une année sur l’autre, mise notamment en évidence grâce au niveau de qualité de l’analyse des écarts observés, permet d’avoir un éclairage sur la maîtrise, par le groupe, de ses propres enjeux. 
 
Faut-il aborder tous les thèmes dans un rapport de RSE ?  
 
Sans doute pas mais cet aspect pourrait s’avérer être un sujet de débat dans les années à venir, voire de controverse. 
Il nous semble en effet que la nouvelle conception de l’entreprise qu’implique la RSE est encore trop neuve pour qu’il soit d’ores et déjà possible d’opérer sans d’importantes précautions une sélection des thèmes à développer dans un rapport. Les gageures et les risques sont nombreux et mériteraient à eux seuls un développement spécifique. 
  
Où trouve-t-on principalement l’information sur les impacts sociaux et environnementaux d’une société ?
 
Selon CFIE-conseil, c’est le document de référence qui devrait recueillir l’essentiel des informations relatives aux impacts sociaux, sociétaux et environnementaux d’une société, dans la mesure où il est de plus en plus communément admis que la RSE constitue une composante importante pour apprécier la stratégie globale d’une entreprise. A l’exception, toutefois, des initiatives «quotidiennes» qu’il est difficile de répertorier dans ce document du fait qu’elles peuvent être très nombreuses.

En termes d’impact social et environnemental, en 2013, quels thèmes importants vous semblent aujourd’hui mieux traités par SEB ?

Si l’on compare les documents de référence du groupe SEB se rapportant aux années 2009 et 2012, on constate que les progrès ont été sensibles. Ainsi, en 2009, la partie consacrée aux informations sociales et environnementales comportait 8 pages alors qu’elle en réunissait 22 en 2012. Plusieurs thèmes se sont étoffés, en particulier, ceux appartenant au domaine environnemental qui traite désormais de plusieurs sujets importants (consommation de ressources, émissions de gaz à effet de serre, production de déchets) et la question du respect des droits humains dans la chaîne de production en Chine. Par ailleurs, le rapport présente également les enjeux identifiés par le groupe et en justifie le choix dans un certain nombre de cas. De manière générale, les informations chiffrées sont également plus détaillées et les commentaires qui les accompagnent plus fournis. 

Quels sont les axes d’amélioration ?
 
Il me semble important que SEB poursuive sa démarche visant à renforcer la cohérence entre les enjeux identifiés et les indicateurs présentés. En d’autres termes, mieux mettre en perspectives à quels enjeux sociétaux répond tel ou tel indicateur ? C’est le cas, par exemple, des indicateurs concernant l’emploi ou le temps de travail qui sont aujourd’hui plus fournis. Mais que révèlent-ils ? Une recherche par le groupe de réduire la précarité, de combiner flexibilité et sécurité de l’emploi, de faire progresser la mobilité au sein du groupe ? Enfin, l’un des enjeux pour les entreprises consiste aujourd’hui à essayer d’établir un lien entre la partie extra-financière et les parties économique et financière des rapports (risques, provisions…). Un vrai défi auquel les sociétés commencent seulement à s’attacher. 

Propos recueillis le 10 janvier 2014

+ d'infos: www.cfie.net

 


 

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